Partir… avec la force de Dieu

Quand j’avais 10 ans, … ça nous ramène en 1996, c’était la mode des boys bands. Des groupes de jeunes gens qui dansaient et chantaient. Parmi eux les 2Be3, un groupe français, chantait quelque chose du genre « partir un jour sans retour, effacer notre amour… sans se retourner, ne pas regretter, garder les instants qu’on a volé »… partir … et accueillir ! voici à quoi nous invite le Seigneur dans les lectures de ce jour. Ce dimanche est pour moi l’occasion de vous dire au revoir. Ou devrais-je dire « à Dieu », au sens le plus profond de ce terme : retrouvons nous dans le cœur de Dieu !

Accueillir

Pour une paroisse, comme pour un prêtre, la vie peut ressembler à cette visite du prophète dans la vie de cette femme qu’évoque la première lecture. La femme accueille avec générosité l’homme de Dieu. Elle ouvre sa maison et son cœur. Non pas pour les qualités personnelles de l’homme Élisée mais parce qu’il est prophète, parce qu’il parle au nom de Dieu. Dans une paroisse, le prêtre est cet homme de passage qui annonce à temps et à contretemps la bonne nouvelle. 

Avec vous, j’aimerais rendre grâce pour l’accueil de la communauté chrétienne de notre secteur et pour vous qui m’avez accueilli, il y a 3 ans. Vous avez accueilli un étranger, parisien, petit un peu excité, et un peu roquet, qui débarque de Paris dans la lointaine banlieue… figurez vous qu’en apprenant ma nomination ici, j’étais incapable de situer la ville sur une carte… c’était pour moi juste le terminus du RER D, dont je voyais les panneaux à Châtelet-les-Halles. Depuis j’ai surtout découvert une communauté chrétienne aimante et vivante, voulant grandir dans la sainteté, sachant répondre aux idées parfois un peu folles de leurs pasteurs. Et j’en rends grâce avec vous.

J’aimerai vous le redire, en méditant les lectures de ce jour, qu’en accueillant un prêtre nouveau, en acceptant que nous passions, vous entrer dans l’œuvre de Dieu. Le prêtre est ce prophète de passage, qui accepte de donner la vie de Dieu, là où il passe. A nous, chrétiens, de l’accueillir avec ce qu’il est, et de retenir pour notre vie ce qu’il y a de meilleur. Dire au revoir à ceux qui partent, c’est aussi se mettre en dispositions spirituelles d’accueillir ceux qui arrivent : «   Qui accueille un prophète en sa qualité de prophète recevra une récompense de prophète ;  qui accueille un homme juste en sa qualité de juste recevra une récompense de juste. »

Dans nos paroisses, chers amis, je vous en supplie, ayons le cœur ouvert à la nouveauté, le cœur ouvert pour accueillir les autres. Ayons cette hospitalité, qui nous fera découvrir dans chacun des frères de notre communauté paroissiale, un prophète de l’amour !

Être arraché : l’expérience douloureuse et féconde de la croix 

Au jour de mon ordination, il y a maintenant un peu plus de 3 ans, j’ai entendu cette phrase «  Recevez l’offrande du peuple saint pour la présenter à Dieu. Prenez bien conscience de ce que vous ferez, imitez dans votre vie ce que vous accomplirez par ces rites et conformez-vous au mystère de la croix du Seigneur. ».  “Conformez vous au mystère de la croix du Seigneur”… Le jour de l’ordination : on l’entend un peu distraitement. Au même titre qu’au baptême, on marque l’enfant dès sa naissance du signe de la Croix, un peu distraitement.

La croix pourtant, c’est l’ADN du chrétien. Pour ceux qui connaissent le Puy du fou, il y a un grand spectacle qui évoque les romains et les persécutions chrétiennes, avec en filigrane l’histoire de Ste Blandine. Ce spectacle s’appelle le « signe du triomphe ». Pour la scénographie, ce signe est un poisson. Mais en réalité pour un chrétien le véritable signe du triomphe c’est la croix. En grandissant dans la vie chrétienne, petit à petit, nous comprenons chacun que la croix fait partie de notre vie. Oh bien sûr, ce n’est pas une partie de plaisir de souffrir. Bien sûr, on ne souhaite à personne d’avoir des croix à porter. Mais pourtant, j’en suis convaincu dans la foi, nos croix nous font grandir dans l’abandon et dans l’amour de Dieu. « Celui qui veut être mon disciple, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive » nous dit Jésus. Dans nos vies, les croix sont de toutes sortes. Cachées et secrètes à certains moments ou  terriblement visibles à d’autres.

Il faut se rappeler qu’au jour de notre baptême, et pour nous de notre ordination, nous avons été consacrés par l’huile sainte… en traçant sur nous le signe de la croix. 

Tout en disant cela, j’aimerai vous redire, avec une grande force et une grande conviction, que le Seigneur ne nous laisse jamais seul, au pied de la croix… il est là présent, comme nous le chantions dans le psaume : « L’amour du Seigneur, sans fin je le chante, ta fidélité je l’annonce d’âge en âge ». Que nous ayons du mal à être fidèle n’est pas un problème pour le Seigneur… il nous demande, au cœur de l’épreuve, comme dans la joie la plus profonde de lui faire confiance parce que lui nous promet d’être avez nous ! « Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des temps ». L’arrachement que peut constituer un départ dans une paroisse, parce que bien des amitiés et des affections se sont tissés, parce que suivre ensemble Jésus sur le chemin de la croix tisse des liens… cet arrachement donc est à regarder à la lumière de la croix comme fécond ! En nous rappelant que le but de notre vie n’est pas simplement sur cette terre… mais encore dans le Ciel. 

Avec la force de Dieu 

Partir pour les uns, accueillir toujours la nouveauté, ça ne se fait pas tout seul. Ce serait une illusion que de le croire. En tout cas, ça ne se fait pas par nos propres forces. 

Tout à l’heure, à la fin de la messe nous chanterons le chant de la promesse scouts. Ceux qui me connaissent bien savent combien le scoutisme a marqué mon existence et a transformé ma vie, quand j’étais plus jeune. Dans le chant, je crois que le dernier couplet est le plus important : « je suis faible tu m’aimes, je maintiendrai ». C’est une de mes grandes convictions de la vie spirituelle et un combat de chaque jour pour se le rappeler. Nos faiblesses, nos défauts, nos péchés ne sont pas un problème pour Dieu. Ce qui compte au plus profond, c’est de s’appuyer sur la force de Dieu. Chacun d’entre nous est faible. Chacun d’entre nous est incapable d’aimer en vérité, d’aimer dans l’ordre de la sainteté. Ou bien ceux qui le croient en sont bien loin en réalité. « Ma grâce te suffit car ma puissance se déploie dans ta faiblesse » dira Jésus à St Paul. 

Chez certains, comme c’est le cas pour moi, les défauts sont très visibles et permettent de faire tomber les illusions assez vite… Mais qu’importe. Notre force, chers amis, ne se sont pas nos qualités, notre organisation, ou notre sécurité. Notre force, c’est Dieu. Elisée dont il était question dans la première lecture n’avait aucune force par lui même… mais il a reçu de Dieu la force pour sa mission. 

Notre force véritable, chers amis, nous vient de la croix du Christ. De la Croix lumineuse de Jésus : du symbole de sa victoire : «  Et si nous sommes passés par la mort avec le Christ, nous croyons que nous vivrons aussi avec lui. ». C’est une réalité, chers amis ! Nous vivons déjà des effets de la résurrection du Christ. Vous qui venez à la messe chaque dimanche, qui essayez d’être des saints, à votre mesure, qui vous confessez et priez régulièrement… vous vivez déjà du Christ mort et ressuscité. 

Finalement, vous voyez, notre job de chrétien n’est rien d’autre que d’apprendre à accueillir cette grâce qui sommeille en nous. A laisser vivre le Christ en nous. C’est un défi, tant pour une prêtre que pour des fidèles.  Mais, je vous le promets, au cœur des croix les plus douloureuses, comme dans les joies les plus étonnantes, le Seigneur, lui, est présent. Il ne nous lâche pas. N’ayez pas peur, chers amis ! N’ayez pas peur de lui ! N’ayez pas peur de vous laisser surprendre par la puissance de son amour ! 

Oui, chez amis, accueillez, ouvrez, ouvrons tout grand les portes au Christ dans notre vie actuelle et dans nos missions futures, et nous trouverons la vraie vie ! Nous pourrons alors chanter non pas « partir un jour sans retour »… mais plutôt « partir ensemble vers le ciel », retrouvons-nous dans le Cœur de Dieu. 

Amen