Nuit et Lumière (messe des jeunes)

Franchement tu viens à la messe le samedi soir et là tu comprends pas ce qui t’arrive car le prêtre n’arrête jamais l’Evangile. Tu te dis qu’il s’est mis en mode ” on ” et que jamais il n’arrêtera… vainement tu cherches le bouton “off ” pour pouvoir dormir tranquillement pendant l’homélie et que cette affaire se finisse au plus vite. C’est vrai qu’en ce dimanche l’Eglise nous offre presque tout le chapitre 9 de l’Evangile de Saint Jean. Il est question d’Aveugle, de péché, de lumière, de boue et de foi.

La nuit

Je ne sais pas si vous avez déjà fait cette expérience : vous vous réveillez la nuit, en espérant pouvoir aller boire car la soif vous tiraille. Impossible de trouver la lumière, ni d’attraper le smartphone car votre petit frère dors dans la même chambre. Bref vous voilà aveugle pour quelques temps. Vous tâtonnez, vous menacez de vous casser 3 fois la figure sur les habits de la veille, et sur la grue légo du petit frère avant d’enfin parvenir au lavabo tant désiré. Dans ce cas là : on bute sur toutes sortes d’obstacle, on tâtonne, on hésite, on avance à petit pas. En général on ne fait pas le fier.
C’est un peu pareil dans notre vie : parfois on se demande où on doit aller, quel métier on doit faire, quelle section on doit choisir, si l’on va en vacances avec Gerturde ou avec Germaine… bref on est un peu dans le brouillard. Même dans la vie chrétienne on semble perdu parfois : où doit on aller ? que devons-nous faire ? est-ce que je suis vraiment chrétien car je ne ressens rien… bref, nous sommes un peu comme l’Aveugle de l’Évangile sur pleins de questions de notre vie. Sauf que lui il n’a rien fait, il est aveugle depuis sa naissance, il ne peut pas voir la lumière. Il est mis à part de la communauté et on se demande d’où vient cette tare.

Le Christ : révélateur et réparateur

La question qui est posée par l’Évangile d’aujourd’hui c’est au fond : qui est Jésus. C’est amusant je ne sais pas si vous avez repéré mais Jésus n’intervient directement qu’au début pour guérir l’Aveugle et la fin. Entre les deux, tout le monde parle de lui et personne ne le vois. Pour notre aveugle au départ c’est juste un gars qui lui a mis de la boue sur les yeux et hop … il voit.
Et pourtant Jésus lui donne d’entrer dans une nouvelle dimension. Sa vie va en être profondément bouleversée. Jésus est comme un réparateur ici, non pas une sorte de super opticien ou d’ophtalmo génial… mais un réparateur du cœur et de l’âme. Quand Jésus guéris les yeux du corps de l’Aveugle, il veut d’une certaine manière nous inviter à guérir les yeux de notre âme, à laisser la lumière du Seigneur venir sur nous.
Nous avons parmi nous des catéchumènes, des jeunes qui se préparent au baptême, d’une certaine manière Jésus leur a donné déjà d’ouvrir leurs yeux à sa lumière. Ce serait intéressant qu’ils puissent nous raconter comment ils en sont arrivés à demander le baptême.
A quoi sert donc cette lumière ? Déjà pour voir quelque chose comme dans ta chambre la nuit. La lumière met en relief. Je ne sais pas si vous avez déjà fait cette expérience mais prenez une lampe torche, mettez là au raz du sol et vous verrez apparaître tous les creux et les bosses du sol que vous ne voyiez pas avant. Autrement dit la lumière révèle.
Quand une fille veut se maquiller, elle se met dans la salle de bain (vous me dites si je me trompe) et allume la lumière du miroir. C’est super la lumière car ça lui permettra de bien voir ce qu’elle fait. Cependant, la lumière met aussi en avant ce qui n’est pas beau, la petite imperfection de la peau (je vous fais pas un dessin).

Ainsi donc, Jésus, qui est la lumière du monde, vient-il éclairer notre vie. Comme l’Aveugle, il nous ouvre les yeux pour voir ce qu’il y a de beau dans notre vie et aussi les petites choses qu’il nous faut changer. Pendant le carême, c’est une bonne chose que de demander au Seigneur de nous aider à voir ce qu’il faut changer dans notre vie. Comment je puis grandir dans l’amitié avec Dieu en renonçant à tel ou tel péché. Mais la lumière du Seigneur nous aide aussi à ouvrir nos yeux à ce qu’il y a de meilleur en moi : mes qualités, les grâces, les merveilles que Dieu fait dans ma vie… et il en fait dans chacune de vos vies !

Regarder le monde avec le regard de la Foi

Une fois que l’Aveugle voit, il entre dans un nouvel univers. Comme on l’entendait dans la 2ème lecture il doit maintenant ” se conduire en enfant de lumière “. Il a reconnu que Jésus était le sauveur, il dit ” je crois “. C’est ce que vous ferez, cher amis catéchumènes, qui serez baptisés dans quelques jours à Pâques. C’est ce que nous faisons chaque dimanche nous, qui sommes baptisés depuis plus longtemps, en disant le ” Je crois en Dieu “.

A y regarder de près : dire je crois, c’est aussi prendre les lunettes du Christ pour voir le monde d’une autre manière. Un peu comme si vous aviez des Google Glass qui font de la réalité augmentée et qui affichent dans vos lunettes des nouvelles informations. Jésus lui nous regarde chacun d’entre nous, non pas d’abord avec le prisme de nos péchés ou de nos défauts, mais d’abord avec un regard de bienveillance et d’amour. Dans le long Evangile d’aujourd’hui tout le monde se demande qui a péché ? ses parents ? lui ? si Jésus est un imposteur ou pas ? si lui a péché ou pas. Au contraire, Jésus lui s’intéresse d’abord à la personne : à cet aveugle. Je pense que nous pourrions nous en inspirer : dans ta classe, dans ton groupe de sport, est-ce que tu regardes les autres de ton âge avec bienveillance ? avec ce qu’il y a de meilleur en eux ? ou bien est-ce que tu détectes d’abord tous les défauts ? Quand je regarde notre monde contemporain, est-ce que je passe ma vie à me plaindre en me disant que quand même rien ne va pas plus, que le monde part en vrille ?

Avouons-le ce n’est pas très facile de regarder le monde avec les yeux du Christ. Je vous propose donc que l’on demande au Seigneur de nous ouvrir les yeux par la foi sur le monde. De petit à petit adopter le regard de Jésus. Un regard d’espérance et de bienveillance pour voir dans les autres et dans le monde ce qu’il y a de meilleur.